Andrée Chedid

Biographie

Andrée Chedid est une auteure française d’origine syro-libanaise née au Caire le 20 mars 1920. Elle est décédée à Paris le 6 février 2011.

Issue d’une famille chrétienne syro-libanaise, elle a grandi en Égypte, pays où sa famille avait émigré dans les années 1860. Après des études primaires au pensionnat des Sœurs du Sacré-Cœur au Caire, elle passe un peu plus de trois années à Paris (1934-1938). Elle connaît bien la capitale française où elle a déjà séjourné à plusieurs reprises en vacances avec sa mère. Au terme de sa scolarité, elle revient en Égypte et entame des études de journalisme à l’Université américaine du Caire.

En 1942, après son mariage avec Louis Chedid, elle s’installe au Liban pour trois ans. À l’époque, elle écrit principalement en anglais. En 1943, elle publie d’ailleurs dans cette langue son premier livre, un recueil de poèmes (On the Trails of my Fancy).

En 1946, elle s’installe à Paris, ville qu’elle aime énormément et où elle vivra jusqu’à sa mort. À partir de ce moment, elle n’écrira plus qu’en français. Son imaginaire cependant restera fortement marqué par la culture orientale et par les paysages de sa jeunesse. Auteure entre les mondes, ayant grandi entre trois langues (le français, l’anglais et l’arabe), Andrée Chedid n’a eu de cesse dans ses écrits de prôner l’ouverture à l’autre et l’ailleurs.

 

Les œuvres

Andrée Chedid est une auteure prolifique qui s’est illustrée dans des genres variés. Au cours de sa longue carrière, elle a publié une dizaine de romans, une vingtaine de recueils de poésie, plusieurs recueils de nouvelles, mais aussi des pièces de théâtre, des récits, des essais et des textes pour la jeunesse.

La poésie était certainement son genre de prédilection, elle en appréciait notamment la concision et la force émotionnelle, mais aussi le fait qu’elle permette d’aller au-delà des limitations du langage, usé par le quotidien, les habitudes. Andrée Chedid a écrit ses premiers poèmes à 16 ans et a publié son premier recueil en français en 1949 (Textes pour une figure). De nombreux autres ont suivi à un rythme soutenu jusqu’à la fin des années 1970, ensuite de manière plus espacée.

Ses textes en prose (nouvelles et romans) lui ont rapidement valu la reconnaissance d’un large public. Son premier roman, Le Sommeil délivré a été publié en 1952. Parmi ses œuvres les plus connues, on peut citer Le Sixième Jour (1960), adapté au cinéma en 1986 par le réalisateur égyptien Youssef Chahine, L’Autre (1969), adapté au cinéma par Bernard Giraudeau en 1991, La Cité fertile (1972), La Maison sans racines (1985), L’Enfant multiple (1989) ou L’Enfant des manèges et autres nouvelles (1998).

Les œuvres d’Andrée Chedid sont au programme de très nombreux lycées et universités du monde entier. Elles ont été traduites dans de nombreuses langues et plusieurs ont été récompensées par des prix, dont le prix Mallarmé (1976) pour Fraternité de la parole et Cérémonial de la violence ou le Goncourt de la nouvelle (1979) pour Les Corps et le Temps.

Pour l’ensemble de son œuvre, elle a reçu le grand prix de littérature Paul Morand de l’Académie française (2001) et le prix Goncourt de la poésie (2002).

 

Les thèmes

 La fragilité de l'existence

Si les textes d’Andrée Chedid ont très souvent une dimension solaire et semblent portés par une profonde foi en l’humain, c’est peut-être parce que l’auteure est tout particuliè- rement sensible au tragique. En effet, selon elle, il faut être lucide sur l’état du monde et la fragilité de l’existence pour pouvoir en apprécier pleinement les miracles. Son optimisme est lié à la conviction que même au cœur du drame le plus terrible, l’amour et la solidarité peuvent éclore. La dimension éphémère de l’amour ou de la vie ne ferait qu’en rendre plus intense la valeur profonde. Son roman Le Sixième Jour (1960) en donne une illustration exemplaire : mettant en scène l’épidémie de choléra qui s’abattit sur l’Égypte en 1947 et fit de très nombreux morts, il ne cherche en rien à nier le tragique et l’injustice de la maladie, mais met résolument en avant la grandeur des sentiments d’une femme cherchant à sauver son petit-fils malade.

La nouvelle « Mort au ralenti » est un autre exemple particulièrement frappant : tandis qu’une jeune femme meurt de façon absurde et brutale sans pouvoir revoir celui qu’elle aime, la générosité d’un couple de gens âgés qui risque tout pour apaiser ses derniers instants semble finalement triompher de l’horreur. Elle ne peut certes empêcher la violence guerrière ni faire reculer la mort, mais elle lui oppose la force de l’amour et du rêve.

 

L’ironie du destin

Sur un ton moins tragique, Andrée Chedid aime aussi parfois mettre en scène des personnages joués par le destin : dans « Les Métamorphoses de Batine » ou dans « ­L’Ancêtre sur son âne », des personnages, qui n’ont jamais recherché la fortune ou la gloire, voient l’une ou l’autre tout à coup s’abattre sur eux comme de véritables punitions…

 

L'Orient, l'exil et l'errance

Restée profondément marquée par les paysages et les cultures de son enfance et de sa jeunesse en Égypte et au Liban, Andrée Chedid leur accorde une large place dans ses œuvres. Les nouvelles du présent recueil sont ainsi toutes situées en Orient, à l’exception peut-être de « L’Artiste » dont le cadre n’est pratiquement pas évoqué et qui pourrait aussi bien se dérouler en France.

Dans certains de ses romans, l’auteure va jusqu’à faire revivre l’ancienne Égypte, comme dans Nefertiti et le rêve d’Akhnaton : les mémoires d’un scribe (1974) ou encore dans Les Marches de sable (1981). Dans d’autres textes, elle s’intéresse à la guerre du Liban (La Maison sans racines, 1985) ou à l’Égypte qu’a connue sa mère (Les Saisons de passage, 1996). Mais dans tous les cas, l’Orient recréé semble davantage un Orient symbolique, né de l’expérience de l’exil. Même lorsqu’elle évoque des événements comme la guerre du Liban (Cérémonial de la violence, 1976 ; La Maison sans racines, 1985 ; L’Enfant des manèges, 1998 ; Le Message, 2000), elle évite les ancrages trop définitifs. La guerre n’est jamais qu’un symbole pour toutes les guerres. Ainsi, la nouvelle « Mort au ralenti » a été inspirée par la guerre du Liban, mais le pays n’est jamais nommé directement et la voix narrative s’interroge ainsi : « Comment définir les frontières de ce pays ? Pourquoi le nommer, ou nommer cette femme ? Tant de lieux, tant de victimes subissent le même sort. »

En outre, l’auteure s’est souvent exprimée sur son refus de la nostalgie : l’exil pour elle est un prétexte à la création, non un déchirement. L’Orient de ses écrits n’est pas un lieu regretté, mais un lieu qu’elle porte en elle, un « Orient intérieur ».

 

La famille et la transmission entre les générations

Autre thème cher à Andrée Chedid : la famille et les relations qui s’y jouent. Attentive à la complexité des individus, aux contradictions qui les habitent, l’auteure n’hésite pas à décrire les malentendus et les incompréhensions qui peuvent régner entre des êtres supposés proches. Ainsi, dans « L’Enfant au réverbère », Tony et sa mère ont-ils une relation tendre certes, mais marquée par une incompréhension réciproque. Dans « ­L’Ancêtre sur son âne », Assad ne parvient jamais à se sentir proche de sa femme ni de ses enfants et c’est à la fin de sa vie, auprès de Nina, qu’il trouve la vraie chaleur d’un foyer. C’est d’ailleurs là l’un des messages récurrents des textes d’Andrée Chedid : la famille est essentielle mais l’on peut toujours s’en inventer une nouvelle. Omar-Jo, le petit héros du roman L’Enfant multiple en donne lui aussi la preuve en récréant un lien familial avec Maxime le forain qui n’attendait pourtant plus rien de l’existence.

Notons aussi que les relations entre grands-parents et petits-enfants sont très souvent mises en valeur. C’est le cas dans la nouvelle « Le Grand Boulevard », mais aussi dans le roman Le Sixième Jour, dans lequel une femme tente l’impossible pour sauver son petit-fils.

 

Le style

Andrée Chedid a souvent déclaré ressentir le besoin d’aller à l’essentiel dans ses écrits. Elle justifie d’ailleurs ainsi sa prédilection pour les formes brèves, la poésie d’abord mais aussi la nouvelle. Ayant le goût du mot juste et de la concision, elle travaille longuement ses textes. Son style fluide et soigné doit également beaucoup à son attention au rythme et à son exigence d’une langue portée par une certaine musique intérieure.

 

Les influences

Si Andrée Chedid ne se revendique d’aucune école ni d’aucune filiation directe, elle évoque cependant volontiers des auteurs et des œuvres particulièrement appréciés. Ainsi, dans sa jeunesse elle lisait énormément de théâtre, se passionnait aussi pour la poésie anglaise : Shakespeare, Keats, Shelley mais aussi Auden. Par la suite, l’œuvre de Dostoïevski l’a profondément marquée. Une fois venue en France, elle a découvert les œuvres de Saint-John Perse, René Char ou Henri Michaux. Elle cite également parfois Rainer Maria Rilke, Milan Kundera, Vénus Khoury Ghata ou Naguib Mahfouz.

Dotée d’une grande sensibilité artistique, Andrée Chedid s’est beaucoup intéressée aux arts en général. Ainsi, dans sa jeunesse, elle rêvait de devenir danseuse. Par la suite, parallèlement à sa carrière d’écrivaine, elle s’est également exprimée par les arts plastiques et a notamment exposé des collages à plusieurs reprises. Elle appréciait également beaucoup le cinéma et la musique. Dans une interview, Andrée Chedid affirme qu’elle aurait vraiment aimé être musicienne, mais n’en avait pas le talent. Enfant, il lui arrivait de rêver qu’elle savait jouer du piano. Le matin, elle se précipitait sur l’instrument mais ne parvenait pas à retrouver la magie du rêve… Sans doute cette anecdote est-elle celle qui lui a inspiré la nouvelle « L’Artiste ».

Si elle ne composait pas de musique, elle a toutefois écrit les textes de plusieurs chansons pour son fils Louis Chedid et son petit-fils Matthieu Chedid, tous deux artistes bien connus de la scène française. Ainsi les paroles du tube de Matthieu Chedid « Je dis aime » (1999) ont-elles été écrites par sa grand-mère.

Bibliographie

- Textes pour une figure, Paris, Éditions du Pré aux clercs, 1948.

- Textes pour un poème, Paris, G. L. M., 1950.

- Le Sommeil délivré, Paris, Flammarion, 1952.

- Textes pour le vivant, Paris, G. L. M., 1953.

- Textes pour la terre aimée, Paris, G. L. M., 1955.

- Terre et poésie, Paris, G. L. M., 1956.

- Terre regardée, Paris, G. L. M., 1957.

- Seul le visage, Paris, G. L. M., 1960.

- Double-pays, Paris, G. L. M., 1965. (Poèmes extraits de divers ouvrages de l’auteur.)

- Contre-chant, Paris, Flammarion, 1968. - Fêtes et lubies (petits poèmes pour les sans-âge), Paris, Flammarion, 1973.

- Prendre corps, Paris, G. L. M., 1973.

- Cérémonial de la violence, Paris, Flammarion, coll. « Poésie », 1976.

- Fraternité de la parole, Paris, Flammarion, coll. « Poésie », 1976.

- Le Cœur et le Temps (poèmes pour les enfants), Paris, L’École des Loisirs, 1977.

- Cavernes et soleils, Paris, Flammarion, coll. « Poésie », 1979.

- Lubies, Paris, L’École des Loisirs, coll. « Chanterime », 1979.

- Par-delà les mots, Paris, Flammarion, 1995.

- Territoires du souffle, Paris, Flammarion, 1999.

- Rythmes, Paris, Gallimard, 2002.

- L’Étoffe de l’univers, Paris, Flammarion, 2010.

- Poèmes, Paris, Flammarion, 2013.

- Le Sommeil délivré, Paris, Stock, 1952.

- Jonathan, Paris, Éditions du Seuil, 1955.

- Le Sixième Jour, Paris, Julliard, 1960.

- Le Survivant, Paris, Le Cercle du nouveau livre, 1963.

- L’Autre, Paris, Flammarion, 1969.

- La Cité fertile, Paris, Flammarion, 1972.

- Nefertiti et le rêve d’Akhnaton : Les mémoires d’un scribe, Paris, Flammarion, 1974.

- Les Marches de sable, Paris, Flammarion, 1981.

- Mon ennemi, mon frère, Tournai/Paris, Casterman, coll. « L’Ami de poche », 1982.

- La Maison sans racines, Paris, Flammarion, 1985.

- L’Enfant multiple, Paris, Flammarion, 1989.

- Le Message, Paris, Flammarion, 2000.

- Les Quatre Morts de Jean de Dieu, Paris, Flammarion, 2010.

- L’Étroite Peau, Paris, Julliard, 1965.

- Le Cœur suspendu, Tournai/Paris, Casterman, coll. « Imagirêve », 1981.

- L’Étrange Mariée : très libre adaptation d’un conte populaire de la vallée du Nil, Paris, Éditions du Sorbier, 1983.

- Derrière les visages, illustrations de Gérard Franquin, Paris, Flammarion, coll. « ­Castor poche », 1984. Recueil de nouvelles extraites de Les Corps et le temps (1978).

- Mondes, miroirs, magies, Paris, Flammarion, 1988.

- Les Manèges de la vie, Paris, Flammarion, coll. « Castor poche », 1989.

- À la mort, à la vie, Paris, Flammarion, 1992.

- La Femme en rouge et autres nouvelles, Paris, J’ai lu, 1994.

- Les Métamorphoses de Batine, Paris, Flammarion, coll. « Castor poche », 1994.

- L’Enfant des manèges et autres nouvelles, Paris, Flammarion, coll. « GF-Étonnants Classiques », 1998.

- L’Artiste et autres nouvelles, Paris, J’ai lu, coll. « Librio », 1999.

- Bérénice d’Égypte, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Théâtre », 1968. Pièce de théâtre créée pour l’ORTF le 5 février 1964.

- Les Nombres, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Théâtre », 1968. Pièce de théâtre créée pour l’ORTF le 7 août 1966.

- Le Montreur, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Théâtre », 1969.

- Échec à la reine : partie en neuf jeux, Paris, Flammarion, 1984.

- Le Dernier Candidat (comédie dramatique en deux actes), Paris, Éditions théâtrales Art et Comédie, 1998.

- Le Personnage (comédie dramatique en un acte), Paris, Éditions théâtrales Art et comédie, 1998.

- Poursuites, Paris, Éditions Alternatives, coll. « Rencontres », 2004.

- Liban, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Petite planète », 1969.

- Les Corps et le Temps, suivi de L’Étroite Peau (récits), Paris, Flammarion, 1978.

- Épreuves du vivant, Paris, Flammarion, 1983.

- La Femme de Job (récit), Paris, Calmann-Lévy, coll. « Petite bibliothèque européenne du xxe siècle », 1993.

- Dans le soleil du père : Géricault, Charenton, Flohic, coll. « Musées secrets », 1996.

- Les Saisons de passage (récit), Paris, Flammarion, 1996.

- Le Jardin perdu, Paris, Éditions Alternatives, coll. « Grand pollen », 1997.

- Lucy : la femme verticale, Paris, Flammarion, 1998.

- Verlaine, l’athlète et moi suivi de Le Fauteuil vide (récits), Grigny, Paroles d’aube, coll. « Échos du soir », 1998.

- Petite terre, vaste rêve, Paris, Fayard, 2002.

- Andrée Chedid et Christian Broutin, Vitesse de la lumière/Instantanés, Éditions de l’Amandier, coll. « Le voir dit », 2006.

 

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