Marie NDiaye

Biographie

Marie NDiaye est une auteure française née en 1967.

Née à Pithiviers, dans le Loiret (à une centaine de kilomètres au Sud de Paris), elle a passé son enfance en banlieue parisienne, à Fresnes puis à Bourg-la-Reine. Sa mère est originaire de la Beauce et cette région essentiellement agricole a beaucoup marqué l’auteure qui y passait régulièrement ses vacances. Elle en dresse d’ailleurs un portrait incisif et sans concession dans son roman En Famille.


Dans certains de ses textes les plus récents (Trois femmes puissantes, Ladivine), Marie NDiaye évoque explicitement l’Afrique. Elle a, par ailleurs, co-écrit le scénario du film de Claire Denis, White Material, tourné au Ghana. Pourtant, il ne faudrait pas surestimer les liens que l’auteure entretient au continent, sous prétexte que son père est sénégalais.


En effet, celui-ci ayant quitté le domicile familial, puis la France, alors qu’elle était encore bébé, elle estime qu’il ne lui a guère transmis que son nom et sa couleur de peau. L’enfance qu’elle revendique, ses « racines », sont 100 % française. Lorsqu’à l’âge adulte, elle se rend pour la première fois au Sénégal, elle prend conscience d’y être une étrangère. En 2009, dans un entretien avec le magazine Jeune Afrique, elle déclare ainsi :

« Je regrette depuis toujours de ne pas avoir de double culture, alors que j’étais dans une situation idéale pour l’avoir. Je n’ai pas eu une enfance africaine, je ne l’aurai jamais. À 42 ans, il est trop tard pour acquérir une double culture. Aujourd’hui, j’ai plutôt conscience de ce que c’est que de ne pas en avoir – de ce que représente un métissage tronqué dont on n’a que les apparences. »


Ainsi, si le malaise identitaire joue un rôle important dans ses œuvres, sans doute faut-il davantage y voir une réflexion sur l’absence de transmission que sur les troubles de l’entre-deux-cultures. Et l’Afrique qu’elle évoque dans ses écrits joue certainement davantage le rôle d’un ailleurs fantasmé que d’une terre originelle.


Enracinée en France, liée symboliquement à l’Afrique, Marie NDiaye a par ailleurs vécu sous des horizons variés. En 1987, après la publication de son premier roman, elle s’est ainsi installée avec son époux, l’écrivain Jean-Yves Cendrey, à Sitges, près de Barcelone. Grâce à une bourse de la villa Médicis, elle a ensuite passé deux années à Rome, de 1989 à 1991. En 1992, une autre bourse lui a permis de se rendre à Berlin. De retour en France, elle s’est installée successivement en Normandie et en Gironde, avant de revenir à Berlin en 2007, où elle réside depuis.


Si les lieux où elle a vécu lui servent parfois d’inspiration (ainsi la capitale allemande est-elle au cœur de son texte Y penser sans cesse, tandis que la Normandie pourrait avoir servi de modèle à la province de Un temps de saison), l’auteure n’hésite pas à mettre également en scène des lieux qu’elle ne connaît pas (ainsi de Brive-la-Gaillarde qui est pourtant l’un des lieux principaux de l’intrigue de son roman Rosie Carpe). Sans doute est-ce parce que plus qu’à un lieu particulier, l’auteure s’intéresse surtout aux atmosphères et à la manière dont les êtres cherchent une place dans le monde, quelle qu’elle soit.

Les œuvres

Grande lectrice depuis l’enfance, Marie NDiaye a commencé très tôt sa carrière littéraire. En effet, elle n’a que dix-sept ans lorsque les éditions de Minuit décident de publier son premier roman au titre prometteur, Quant au riche avenir (1984). L’éditeur, Jérôme Lindon, impressionné par le talent de la jeune femme, vient même l’attendre à la sortie du lycée pour lui faire signer son contrat. En 1987, elle publie Comédie classique, un roman virtuose constitué d’une phrase unique. En 1989, avec son roman La femme changée en bûche, elle impose sur la scène l’univers d’inquiétante étrangeté que l’on retrouve par la suite dans la plupart de ses œuvres. Suivent En Famille (1991), Un temps de saison (1994) et La Sorcière (1996) qui confirment la puissance de son écriture et imposent peu à peu l’auteure dans le paysage littéraire français. En 2001, son roman Rosie Carpe est couronné par le prix Femina, ce qui lui permet de toucher un public encore plus large. En 2009, elle reçoit le prix Goncourt pour Trois femmes puissantes, un roman qui connaît un très grand succès, tant auprès du public que de la critique. Son dernier roman, Ladivine, a été publié en 2013.


Si Marie NDiaye est certainement d’abord une romancière, elle a également abordé avec succès d’autres genres. Elle a ainsi écrit plusieurs fois pour le théâtre et sa pièce Papa doit manger (2003) est désormais inscrite au répertoire de la Comédie française. Elle a par ailleurs écrit des textes pour la jeunesse, un livret d’opéra (Te craindre en ton absence pour le compositeur Hector Parra, 2014) et un texte poétique conçu d’abord pour une performance scénique, Y penser sans cesse (publié en 2011 avec des photographies de Denis Cointe). Elle a aussi co-écrit le scénario du film de Claire Denis White Material (2007). Intéressée par les expérimentations et les rencontres avec d’autres artistes, Marie NDiaye est une auteure qui ne cesse de se renouveler et de surprendre. Pour autant, ses lecteurs savent qu’ils vont retrouver avec chacun de ses livres, un univers et une saveur particuliers.

 

Les thèmes

En effet, de texte en texte, quels que soient les genres, l’auteure semble tisser une seule grande œuvre dont l’unité serait assurée par des thèmes récurrents et une certaine atmosphère.

 

Des relations humaines difficiles

Ainsi on retrouve dans la plupart de ses œuvres une exploration du malaise identitaire, une attention particulière accordée à la cellule familiale, aux non-dits qui peuvent y régner, à la difficulté, voire à l’impossibilité à communiquer avec les autres, mais aussi aux relations de domination et de soumission. Les personnages de Marie NDiaye semblent bien souvent enfermés en eux-mêmes, prisonniers de leurs propres limites et en même temps abandonnés à leur sort par un entourage hostile ou indifférent.

 

Le corps souffrant

Très souvent, les personnages sont également affectés physiquement. Les descriptions de corps souffrant, suant ou mal à l’aise dans leur environnement sont nombreuses, comme si la difficulté des êtres à être en accord avec eux-mêmes, avec les autres et avec le monde se traduisait par une difficulté physique à exister.

 

Le surnaturel

Alors que les personnages évoluent dans des univers souvent étroits et étouffants, les frontières du réel semblent au contraire élargies : on croise dans les textes de Marie NDiaye des fantômes, des personnages susceptibles de se métamorphoser, des animaux aux présences inquiétantes. Dans des trames a priori plutôt réalistes, dans des univers d’apparence parfois banale, voire prosaïque, se produisent souvent des événements échappant à toutes les règles du vraisemblable. On a d’ailleurs parfois qualifié les œuvres de Marie NDiyae de « réalistes magiques » ou de fantastiques. Certains préfèrent dire que le réel chez Marie NDiaye est simplement exacerbé, poussé jusqu’à ses limites.

 

Le style

Dès ses débuts, Marie NDiaye a étonné la critique par l’étonnante maîtrise de son écriture. Le choix des mots, la construction des phrases témoignent d’une attention extrême portée à la langue. Les phrases généralement longues et toutes en détours, presque musicales. Pour autant on note une évolution, les textes les plus récents s’éloignant de la préciosité des œuvres de jeunesse. L’auteure a reconnu dans plusieurs entretiens avoir été à ses débuts très marquée par certains modèles littéraires (Proust, Flaubert, Henry James notamment) et avoir ressenti le besoin de prouver sa capacité à maîtriser les subtilités de la langue. Avec le temps, elle aurait pris de l’assurance mais aurait aussi eu envie d’écrire des livres plus accessibles.

 

Les influences

Marie NDiaye a toujours été une grande lectrice. Selon elle, c’est d’ailleurs la seule manière d’apprendre à écrire. Les auteurs qu’elle apprécie et qui à un moment ou un autre ont été déterminants pour elle sont aussi bien des classiques que des contemporains, aussi bien des auteurs français qu’étrangers. Parmi ceux qui l’ont nourrie à ses débuts, elle cite volontiers Flaubert, Proust, Dostoïevski, Tolstoï, Henry James, Faulkner, Hemingway, Carson Mac Cullers et Joyce Carol Oates. Les contes traditionnels (notamment ceux des frères Grimm ou d’Andersen) sont également des sources d’inspiration importantes. Dans certains entretiens, elle évoque également Le Clézio, Georges Bernanos, Jean Echenoz, Marguerite Duras ou des auteurs moins connus comme Christine Lavant, Clarisse Lispector ou Sigrid Undset.

Comme tout le monde, Marie NDiaye a des centres d’intérêt en dehors de son travail. Elle a une famille avec qui elle passe beaucoup de temps, avoue aimer coudre et cuisiner et porter un grand intérêt à l’architecture. Toutefois, dans la mesure où ces aspects de sa vie ne lui semblent pas en lien direct avec ce qu’elle écrit, elle estime peu nécessaire de les mettre en avant et reste généralement très discrète sur sa vie privée.

Bibliographie

Quant au riche avenir, Minuit, 1985

Comédie classique, P.O.L, 1988

La Femme changée en bûche, Minuit, 1989

En famille, Minuit, 1991

Un temps de saison, Minuit, 1994, rééd. Paris, Editions Didier, « Mondes en VF », 2014.

La Sorcière, Minuit, 1996

La Naufragée, Flohic, 1999

Rosie Carpe, Minuit, 2001

Autoportrait en vert, Mercure de France, 2005

Mon cœur à l'étroit, Gallimard, 2007

Trois femmes puissantes, Gallimard, 2009, Prix Goncourt 2009

Ladivine, Gallimard, 2013

La Diablesse et son enfant, illustrations de Nadja, École des loisirs, 2000

Les Paradis de Prunelle, illustrations de Pierre Mornet, Albin Michel Jeunesse, 2003

Le Souhait, illustrations d'Alice Charbin, École des loisirs, 2005

En Chine 1 et 2, dans Dix,recueil de nouvelles collectif, Grasset / Les Inrockuptibles, 1997

Tous mes amis, nouvelles, Minuit, 2004

Hilda, Minuit, 1999

Papa doit manger, Minuit, 2003

Rien d'humain, Les Solitaires Intempestifs, 2004

Les Serpents, Minuit, 2004

« Providence », in Puzzle, Jean-Yves Cendrey et Marie NDiaye, Gallimard, 2007 (première édition : Comp'Act, 2001)

Avec Jean-Yves Cendrey : « Toute vérité », in Puzzle, Jean-Yves Cendrey et Marie NDiaye, Gallimard, 2007.

Les Grandes Personnes, Gallimard, 2011

Y penser sans cesse (Photographies de Denis Cointe), L'Arbre vengeur, 2011

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