Maryse Condé

Biographie

Maryse Condé est une écrivaine française née en 1937.

Maryse Condé est née à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. À l’époque, la Guadeloupe est encore une colonie française. Elle ne deviendra un département qu’en 1946. Maryse Condé a alors neuf ans.

En 1953, à l’âge de seize ans, elle part à Paris poursuivre ses études, d’abord au lycée Fénelon, puis à la Sorbonne. À l’époque, la capitale française bouillonne d’une activité intellectuelle et littéraire intense à laquelle participent de nombreux étudiants noirs, qu’ils soient africains ou issus de la diaspora. Dans les couloirs de la Sorbonne, on évoque l’élection de Duvalier en Haïti, on réfléchit à l’avenir des colonies… Tout doucement, les indépendances africaines se profilent à l’horizon. Dans Le cœur à rire et à pleurer, Maryse Condé raconte comment, découvrant ce milieu avec naïveté, elle apprend peu à peu à former sa conscience politique et critique.

En 1958, elle épouse le comédien guinéen Mamadou Condé, peut-être en partie à cause de son aura d’« Africain authentique ». En effet, sa fascination pour la terre de ses ancêtres grandit et en 1959, elle décide de partir – seule avec son fils et enceinte – comme coopérante en Côte d’Ivoire. L’année suivante, elle rejoint son mari dans la Guinée de Sékou Touré. Elle y fréquente un temps Hamilcar Cabral, découvre la misère du peuple guinéen sous le joug de plus en plus implacable de son dirigeant. En 1963, elle quitte définitivement ce pays et son mari et part s’installer au Ghana, dirigé alors par Kwame Nkrumah. Là-bas, elle découvre les littératures africaines anglophones et se passionne pour l’histoire de l’Afrique précoloniale. À la suite du coup d’État destituant Nkrumah, elle est emprisonnée en même temps que bien d’autres intellectuels et est finalement expulsée après quelques jours.

Un peu par hasard, elle arrive à Londres. C’est là qu’elle commence à rédiger son premier roman. Elle parvient ensuite à retourner au Ghana mais n’y reste guère et part au Sénégal où elle rencontre Richard Philcox, aujourd’hui son mari et le traducteur de la plupart de ses œuvres en anglais.

En 1973, elle revient en France avec lui, enseigne à l’université de Jussieu, à Nanterre et à la Sorbonne et entame véritablement sa carrière d’écrivain. En 1976, elle publie son premier roman, Heremakhonon, inspiré de ses années en Guinée, et part au Mali faire des recherches pour un projet de thèse qui finalement donnera lieu plus tard au roman Ségou.

Au milieu des années 1980, elle s’établit aux États-Unis où elle est recrutée successivement par les universités de Berkeley, de Virginie, du Maryland et Harvard avant, en 1995, d’accepter un poste à l’Université de Columbia où elle exercera jusqu’en 2004. En 1986, elle est retournée pour la première fois après trente ans d’absence à la Guadeloupe, qui lui a alors inspiré deux romans, La vie scélérate (1987) et Traversée de la Mangrove (1989). Par la suite, elle s’est longtemps partagée entre New York et sa terre natale. Aujourd’hui, elle a également un appartement à Paris et continue à faire des allers-retours entre ses différents ports d’attache.

On le voit, Maryse Condé n’a cessé d’arpenter le fameux triangle de « l’Atlantique noir » évoqué par Paul Gilroy, entre Europe, Afrique et Amérique. Elle a également voyagé vers d’autres horizons comme la Hollande, l’Indonésie, l’Afrique du Sud ou le Japon.
Si dans Le cœur à rire et à pleurer, Maryse Condé évoque ses premiers pas vers l’écriture et sa fascination pour certains livres, elle ne commence à publier qu’à l’âge mûr, après une longue période au cours de laquelle elle vit en Afrique, enseigne le français et la traduction et élève ses quatre enfants.

À l’heure actuelle elle a publié huit pièces de théâtre, une quinzaine de romans mais aussi quelques nouvelles, des récits autobiographiques, des livres pour la jeunesse, plusieurs essais et de nombreux articles.

Dans ses textes, elle aborde volontiers les thèmes de l’identité, des rapports entre hommes et femmes, des couples mixtes ou des relations mère/enfant, mais toujours en se gardant des clichés et des théories simplificatrices.

Maryse Condé a été élevée à la Guadeloupe dans une famille de la bourgeoisie noire qui affichait une fierté farouche de sa race tout en vouant une admiration sans bornes aux valeurs de la France, Paris, « ville lumière », semblant incarner un idéal de culture et de raffinement. Elle évoque les ambivalences d’une telle éducation dans Le cœur à rire et à pleurer, mais également à travers plusieurs de ses romans. En effet, le thème de la quête identitaire est très présent dans son œuvre. Pour autant, il s’agit toujours de quêtes individuelles, les identités collectives apparaissant comme des fantasmes ou des constructions artificielles. Ainsi, elle déconstruit dans plusieurs romans le mythe du retour en Afrique qui, un temps, a pu fasciner les Antillais et les Afro-Américains (Hérémakhonon, Une saison à Rihata). Pas non plus de vision idéalisée de l’Afrique précoloniale chez cette écrivaine, pourtant grande admiratrice de Césaire. Au contraire dans son best-seller en deux volumes, Ségou (T1 Les murailles de la terre et T2 La terre en miettes), elle brosse une fresque complexe et sans concession des cultures du royaume bambara. Dans Les derniers rois mages ou dans La colonie du nouveau monde, elle s’applique à souligner les dangers de ces identités mythiques qui à force d’être révérées risquent d’empêcher de vivre la vie réelle.

Ses personnages sont quant à eux toujours des êtres complexes qui échappent volontiers aux étiquettes. Si le thème de la maternité tient une grande place dans l’œuvre de Maryse Condé, en tout cas l’auteure refuse les clichés sur la mère modèle, idéal consensuel de l’univers antillais ou africain. Pas de mères courage sacrifiant tout pour leur enfant, pas de femmes « poto mitan » de la famille acceptant leur destin avec héroïsme, mais au contraire des trajectoires souvent incertaines, des femmes tiraillées entre des sentiments parfois contradictoires. Ainsi, Marie-Hélène (Une saison à Rihata), Marie-Noëlle (Désirada) ou Rosélie (Histoire de la femme cannibale) sont des personnages de doutes qui semblent avancer dans la vie presque par hasard, au gré de leurs amours, de leurs rencontres, sans jamais se faire les porte-parole d’une quelconque idéologie. Souvent d’ailleurs, pour cette même raison, elles dérangent les sociétés dans lesquelles elles évoluent.

Et sans doute un peu à la manière de ses personnages, Maryse Condé est elle-même une auteure qui refuse les étiquettes. Elle a souvent déclaré sur le ton de la boutade qu’elle n’écrivait qu’« en Maryse Condé », c’est-à-dire à la fois dans une langue et avec une quête qui n’est jamais que la sienne. Ainsi, tandis que les Martiniquais Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant et Jean Bernabé tentent dans leur manifeste Éloge de la créolité (1989) de définir ce que devrait être la littérature de la Créolité et prônent notamment le recours à une langue française travaillée par le créole, Maryse Condé prend immédiatement ses distances : « Ce sont les hommes qui ont le défaut de vouloir définir la marche de la vie. » Hors de question pour elle de chercher à s’inscrire dans un quelconque mouvement littéraire.

Aujourd’hui, l’œuvre de Maryse Condé est internationalement reconnue, elle est traduite dans une douzaine de langues et a été couronnée par de très nombreux prix littéraires. Pour Le cœur à rire et à pleurer, elle a ainsi reçu le prix Marguerite Yourcenar en 1999.
Parallèlement à l’écriture, Maryse Condé a également mené une longue carrière d’enseignante-chercheuse à l’université. Elle a notamment fondé et dirigé le Centre d’études françaises et francophones de l’Université de Columbia à New York et a ainsi contribué à faire connaître les littératures francophones aux États-Unis. Elle a notamment travaillé sur les stéréotypes en littérature, sur le mouvement de la Négritude et sur l’écriture féminine.

En 2004, elle a été nommée présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage qui a pour mission d’appliquer la loi Taubira ayant reconnu en 2001 la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. C’est elle qui est à l’origine d’une proposition visant à déclarer le 10 mai Journée de commémoration de l’esclavage.
Bibliographie
Heremakhonon. Paris, 10/18, 1976 Nouvelle édition,
En Attendant le bonheur (Heremakhonon), Paris, Seghers, 1988
Une Saison à Rihata, Paris, Laffont, 1981
Ségou : Les murailles de terre, Paris, Laffont, 1984
Ségou : La terre en miettes, Paris, Laffont, 1985
Moi, Tituba, sorcière noire de Salem, Paris, Mercure, 1986
La vie scélérate, Paris, Seghers, 1987
Traversée de la mangrove, Paris, Mercure, 1989
Les Derniers Rois Mages, Paris, Mercure, 1992
La Colonie du Nouveau Monde, Paris, Laffont, 1993
La Migration des cœurs, Paris, Laffont, 1995
Desirada, Paris, Laffont, 1997
Célanire cou-coupé, Paris, Laffont, 2000
La Belle Créole, Paris, Mercure, 2001
Histoire de la femme cannibale, Paris, Mercure, 2003
Les belles ténébreuses, Paris, Mercure, 2008
En attendant la montée des eaux, Paris, Lattès, 2010
Le Cœur à rire et à pleurer, contes vrais de mon enfance, Paris, Laffont, 1999
Victoire, des saveurs et des mots, Paris, Mercure, 2006
La vie sans fards, Paris, Lattès, 2012
Dieu nous l'a donné, Paris, Pierre Jean Oswald, 1972
Mort d'Oluwémi d'Ajumako, Paris, Pierre Jean Oswald, 1973
Le Morne de Massabielle, Puteaux, Théâtre des Hauts de Seine, 1974
Pension les Alizés, Paris, Mercure, 1988
An Tan Revolisyon, Guadeloupe, Conseil Régional, 1989
Comédie d'amour, Mises en scène : Théâtre Fontaine (Paris, juillet 1993) ; New York et Washington, D.C. (novembre 1993)
Comme deux frères, Paris, Lansman, 2007
La Faute à la vie, Paris, Lansman, 2009
« Victor et les barricades », Je Bouquine 61 (mars 1989)
Haïti chérie, Paris, Bayard, 1991 ; réédité sous le titre
Rêves amers, Paris, Bayard Jeunesse, 2001
Hugo le terrible, Paris, Sépia, 1991
La Planète Orbis, Pointe-au-Pitre, Jasor, 2002
« Savannah blues », Je Bouquine 250 (novembre 2004)
« Chiens fous dans la brousse », Je Bouquine (2006)
À la Courbe du Joliba, Paris, Grasset-Jeunesse, 2006
Conte cruel, Montréal, Mémoire d'encrier, 2009
Anthologie de la littérature africaine d'expression française, Ghana Institute of Languages, 1966
La Poésie antillaise, Paris, Nathan, 1977
Le Roman antillais, Paris, Nathan, 1977
Bouquet de voix pour Guy Tirolien, Pointe-à-Pitre, Jasor, 1990
Caliban's Legacy, The Literature of Guadeloupe and Martinique ; Special issue of Callaloo 15.1 (Winter 1992)
L'Héritage de Caliban, essais sur la littérature antillaise francophone, Pointe-à-Pitre, Jasor, 1992
Penser la créolité, co-direction avec Madeleine Cottenet-Hage, Paris, Karthala, 1995
« Pourquoi la Négritude ? Négritude ou Révolution », Négritude africaine, négritude caraïbe (Jeanne-Lydie Goré, éd), Éditions de la Francité, 1973, 150-154
« Négritude Césairienne, Négritude Senghorienne », Revue de Littérature Comparée 3.4 (1974), 409-419
La Civilisation du bossale ; Réflexions sur la littérature orale de la Guadeloupe et de la Martinique, Paris, Harmattan, 1978, 2000
Profil d'une œuvre : Cahier d'un retour au pays natal, Paris, Hatier, 1978
« Propos sur l'identité culturelle », Négritude : Traditions et développement (Guy Michaud, éd.), Paris, P.U.F., 1978, 77-84
La parole des femmes : Essai sur des romancières des Antilles de langue française, Paris, l'Harmattan, 1979 « L'Image de la petite fille dans la littérature féminine des Antilles »
, Recherche, Pédagogie et Culture 44 (1979), 89-93
« Au-delà des langues et des couleurs », La Quinzaine Littéraire 436 (mai 1985), 36
« Notes sur un retour au pays natal », Conjonction 176 (supplément 1987), 7-23
« Cinema, Literature and Freedom », Ex-iles : Essays on Caribbean Cinema, Mbye B. Cham, ed. Africa World Press, 1992, 370-377
« Order, Disorder, Freedom and the West Indian Writer », Yale French Studies 83 (1993), 121-136
« The Role of the Writer », World Literature Today 67.4 (1993), 697-700
« Femme, Terre Natale » (essai sur Gisèle Pineau), Parallèles : Anthologie de la nouvelle féminine de langue française, (M. Cottenet-Hage et J.-Ph. Imbert, éds.) Québec, L'Instant Même, 1996, 253-260.
« Noir, C'est Noir » (préface), Regards Noirs, Paris, Harmattan, 1996
« Nèg pas bon », Othello : New Essays by Black Writers, Mythili Kaul, ed. Washington, D.C., Howard University Press, 1997
« Créolité without Creole Language », Caribbean Creolization, Gainesville, University Press of Florida, 1998
« Unheard Voice : Suzanne Césaire and the Construct of a Caribbean Identity », Winds of Change : The Transforming Voices of Caribbean Women Writers and Scholars, Adele Newson and Linda Strong-Leek, eds. New York, Peter Lang, 1998
« O Brave New World », Research in African Literatures 29.3 (Fall 1998), 1-8
« On the Apparent Carnivalization of Literature from the French Caribbean », Representations of Blackness and the Performance of Identities, Jean Muteba Rahier, ed. Westport, Connecticut, Bergin & Garvey, 1999, 91-97
« Heros et Cannibales », Portulan 99 (novembre 2000), 43-52
« The Voyager In, The Voyager Out », Autrement, « La Guadeloupe », collection Monde hors série 123 (janvier 2001), 250-259
« Fous-t-en Depestre, Laisse dire Aragon », The Romanic Review 92.1-2 (January-March 2001), 177-85
« Haïti dans l'imaginaire des Guadeloupéens », Présence Africaine 169 (2004), 131-136
« The Stealers of Fire : The French-Speaking Writers of the Caribbean and Their Strategies of Liberation », Journal of Black Studies 35.2 (November 2004), 154-164

D'autres contributions se trouvent dans les revues : Notre Librairie, Pédagogie et Culture, Présence Africaine, Recherche et Revue de Littérature Comparée
« Trois femmes à Manhattan », Présence Africaine 121/122 (1982), 307-315
« Ayissé », Soleil éclaté : Mélanges offerts à Aimé Césaire, Jacqueline Leiner, ed. Tübingen, Gunter Narr Verlag, 1984, 81-87
Pays mêlé (recueil de deux nouvelles), Paris, Hatier, 1985. Nouvelle édition avec dix nouvelles, Paris, Laffont, 1997
« La châtaigne et le fruit à pain », Voies de pères, voix de filles : Quinze femmes écrivains parlent de leur père, Adine Sagalyn, ed. Paris, Maren Sell, 1988 ; Complete Narratives of Francophone Caribbean Tales, Rouben C. Cholakian, éd. Lewiston, NY, Mellon, 1996, 151-64
À ma mère : Soixante écrivains parlent de leur mère, Marcel Bisiaux et Catherine Jajolet, eds. Paris, Horay Pierre, 1988
« No Woman No Cry », Le Serpent à Plumes (3e trimestre 1991)
« Les pareurs de morts », Critique 711-712 (août-septembre 2006), 764-773
« Liaison dangereuse », Pour une littérature-monde, sous la direction de Michel Le Bris et Jean Rouaud, Paris, Gallimard, 2007, 205-216
De Christophe Colomb à Fidel Castro : L'Histoire des Caraïbes, 1492-1969, d'Eric Williams. Co-traduction (avec Richard Philcox) de From Columbus to Castro : The History of the Caribbean (New York, Harper and Row, 1971). Paris, Présence Africaine, 1975

Cheikh Hamidou Kane, disque CLEF et RFI, 1979
Hamadou Hampaté Ba, disque CLEF et RFI, 1980
Joseph Zobel, disque CLEF et RFI, 1983
Aimé Césaire (avec Jacqueline Leiner), disque CLEF et RFI, 1984
1987 : Grand Prix Littéraire de la Femme : Prix Alain Boucheron, pour Moi, Tituba, sorcière noire de Salem
1988 : Prix de l'Académie Française, pour La vie scélérate
1988 : Prix Liberatur (Allemagne), pour Ségou : Les murailles de terre
1993 : Prix Puterbaugh, pour l'ensemble de son œuvre
1994 : 50e Grand Prix Littéraire des jeunes lecteurs de l'Île-de-France, pour Moi, Tituba, sorcière noire de Salem
1997 : Prix Carbet de la Caraïbe, pour Desirada
1998 : Membre honoraire de l'Académie des Lettres du Québec
1999 : Prix Marguerite Yourcenar (décerné à un écrivain de langue française vivant aux USA), pour Le Cœur à rire et à pleurer
2001 : Commandeur dans l'Ordre des Arts et des Lettres de la France 2004 : Chevalier de la Légion d'Honneur 2005 : Hurston / Wright Legacy Award (catégorie fiction), pour Who Slashed Célanire's Throat ?
2006 : Certificat d'Honneur Maurice Cagnon du Conseil International d'Études Francophones (CIEF)
2007 : Prix Tropiques, pour Victoire, des saveurs et des mots
2008 : Trophée des Arts Afro-Caribéens (catégorie fiction), pour Les belles ténébreuses
2009 : Trophée d'honneur aux Trophées des Arts Afro-caribéens, pour l'ensemble de son œuvre
2010 : Le Grand Prix du roman métis, pour En attendant la montée des eaux
Découverte d'un pays

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